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| Comment Reduire les Pertes et Gaspillages dans la Gestion des Actifs Publics |
La gestion des actifs publics constitue l'un des piliers fondamentaux de la
gouvernance administrative et de la
performance étatique en Afrique. Pourtant, force est de constater que les pertes et gaspillages dans ce domaine représentent un fléau endémique qui grève considérablement les budgets nationaux et hypothèque les capacités d'intervention des États. Des véhicules administratifs abandonnés dans les cours des ministères aux équipements médicaux détournés, en passant par les bâtiments publics laissés à l'abandon, le
patrimoine public africain subit une hémorragie silencieuse mais dévastatrice. Cette situation alarmante trouve ses racines dans une conjonction de facteurs structurels : l'absence de systèmes d'
inventaire rigoureux, la défaillance des mécanismes de
traçabilité, la faiblesse des dispositifs de contrôle, et surtout, le recours persistant à des méthodes de gestion archaïques fondées sur le papier. Les conséquences de cette mauvaise gestion se traduisent par un manque à gagner colossal pour les finances publiques, une détérioration prématurée des
infrastructures publiques, et une érosion de la confiance citoyenne envers les institutions. Dans un contexte où les ressources se font rares et où les besoins de développement demeurent immenses, la rationalisation de la
gestion patrimoniale n'est plus une option mais une nécessité impérieuse. La question centrale qui se pose est donc la suivante : comment les administrations africaines peuvent-elles mettre fin aux déperditions massives d'actifs publics et instaurer une culture de
transparence et d'efficience dans la gestion de leur patrimoine ? Cette problématique revêt une importance capitale car elle conditionne non seulement la
viabilité financière des États, mais également leur capacité à fournir des services publics de qualité aux populations.
Les causes profondes des pertes et gaspillages dans la gestion des actifs publics
L'ampleur des pertes et gaspillages observés dans la gestion des actifs publics en Afrique s'explique par un enchevêtrement complexe de dysfonctionnements structurels et organisationnels. Le premier facteur déterminant réside dans l'inexistence ou l'obsolescence des systèmes d'inventaire. Dans de nombreuses administrations africaines, il n'existe tout simplement pas de registre exhaustif et actualisé du patrimoine de l'État. Les biens sont acquis sans être systématiquement enregistrés, déplacés sans notification, et réformés sans procédure formelle. Cette opacité crée un terreau fertile pour la dilapidation et le détournement. Le deuxième facteur concerne la fragmentation institutionnelle et l'absence de coordination entre les services. Chaque département, chaque direction, voire chaque bureau, gère ses équipements de manière autonome et cloisonnée, sans vision d'ensemble ni harmonisation des pratiques. Cette balkanisation administrative empêche toute mutualisation des ressources et favorise les doublons, les suréquipements dans certains services et les pénuries dans d'autres. Le troisième élément explicatif tient à la défaillance des mécanismes de maintenance préventive. Faute de planification et de budgets dédiés, les équipements publics ne font l'objet d'aucun entretien régulier. Ils sont utilisés jusqu'à la panne totale, ce qui entraîne des coûts de réparation exponentiels ou rend nécessaire leur remplacement prématuré. Cette gestion "au fil de l'eau" génère un gaspillage considérable de ressources financières. Le quatrième facteur réside dans l'insuffisance des compétences en gestion d'actifs au sein des administrations. Les agents publics chargés du patrimoine ne bénéficient que rarement de formations spécialisées et appliquent des méthodes empiriques héritées de pratiques désuètes. L'absence de professionnalisation dans ce domaine se traduit par des erreurs d'appréciation, des négligences, et une méconnaissance des standards internationaux de gestion patrimoniale. Enfin, le cinquième élément concerne les faiblesses du cadre juridique et réglementaire. Dans plusieurs pays africains, la législation relative à la gestion du patrimoine public demeure lacunaire, imprécise ou inadaptée aux réalités contemporaines. Les textes existants sont souvent dispersés, contradictoires, et leur application effective reste aléatoire en l'absence de mécanismes de contrôle et de sanction dissuasifs. Cette carence normative laisse le champ libre aux pratiques irrégulières et aux abus de toutes sortes.