| L'accès au crédit pour les réfugiés et déplacés internes en Afrique : Enjeux et solutions. |
Des destins déracinés, des talents intacts : le défi africain de la mobilité forcée
Il est des destins que la géographie arrache brutalement à leurs racines et que l'économie, trop souvent, refuse d'accueillir. Sur le continent Afrique, des dizaines de millions de personnes ont fui les conflits armés, les violences intercommunautaires, les sécheresses prolongées ou les catastrophes naturelles, de la Corne de l'Afrique au bassin du lac Tchad, du Sahel central à l'est de la République démocratique du Congo, sans oublier le Soudan, théâtre de l'une des crises de déplacement les plus massives de la planète. Parmi elles, les réfugiés, qui ont franchi une frontière internationale, et les déplacés internes, qui demeurent dans leur propre pays mais loin de leur foyer, partagent une même épreuve : la perte brutale de leurs biens, de leurs réseaux sociaux, de leurs activités et de leurs repères. Pourtant, derrière les statistiques humanitaires se cache une réalité que l'on mentionne rarement : ces populations ne sont pas seulement des bénéficiaires d'aide. Elles comptent des commerçants, des artisans, des agriculteurs, des couturières, des mécaniciens et des transporteurs dont l'énergie entrepreneuriale demeure intacte, comme une braise que l'exil n'a pas éteinte.
Le véritable verrou se situe dans l'accès au crédit. Comment relancer une activité lorsque l'on a tout laissé derrière soi, que l'on ne possède ni terrain, ni titre de propriété, ni historique bancaire reconnu ? Les banques classiques, conçues pour des clientèles sédentaires et documentées, ferment généralement leurs portes à ces profils jugés trop risqués. L'aide humanitaire, quant à elle, répond à l'urgence, mais elle ne saurait indéfiniment se substituer à l'activité économique. Dans ce contexte, la microfinance apparaît comme le levier le plus prometteur de l'inclusion financière des populations déplacées. Née de l'intuition que les personnes modestes sont solvables dès lors que les produits sont adaptés, elle a démontré, de Dakar à Nairobi, de Kampala à Abidjan, sa capacité à financer de petites activités génératrices de revenus au moyen de mécanismes proches des réalités du terrain. Encore faut-il que ses outils, ses procédures et ses technologies soient repensés pour répondre aux spécificités de la mobilité forcée.
La problématique que pose cet article peut dès lors se formuler ainsi : comment concevoir et déployer, dans les contextes africains, des services de microcrédit à la fois accessibles, viables et sécurisés pour des populations dépourvues des garanties traditionnelles, sans fragiliser les institutions qui les servent ? La question dépasse largement le cadre financier. Elle touche à la dignité, à la résilience économique, à la cohésion sociale entre communautés d'accueil et nouveaux arrivants, et à la stabilité des régions fragiles. Un déplacé qui parvient à financer un petit commerce cesse d'être perçu comme une charge ; il devient un contribuable en devenir, un employeur potentiel, un acteur du marché local. À l'inverse, l'exclusion financière prolongée nourrit la dépendance, l'informalité précaire et, parfois, le désespoir qui alimente les trajectoires de radicalisation ou de migration irrégulière. Nous examinerons donc successivement les obstacles structurels qui entravent le crédit, les solutions innovantes qui émergent sur le continent, le rôle des outils numériques de gestion, puis les recommandations stratégiques pour une inclusion durable.
Les verrous structurels : comprendre pourquoi le crédit reste hors de portée des populations déplacées
Pour proposer des solutions pertinentes, il convient d'abord de dresser un diagnostic lucide des obstacles. Le premier d'entre eux est d'ordre documentaire. Beaucoup de réfugiés et de déplacés internes ont quitté leur village dans la précipitation, sans emporter leurs documents d'identité, leurs actes de naissance ou leurs titres fonciers. Or, les règles de connaissance du client, imposées par la réglementation de lutte contre le blanchiment de capitaux, exigent une pièce d'identité valide et un justificatif de résidence. Le paradoxe est cruel : celui qui a tout perdu doit justifier de ce qu'il ne possède plus. Certes, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés délivre des attestations et des cartes, et certains États africains ont mis en place des dispositifs d'enregistrement biométrique. Mais ces documents ne sont pas toujours reconnus par les institutions financières, faute d'information, de prudence excessive ou de cadre juridique clair.
Le deuxième obstacle tient à l'absence de garantie. Dans l'économie rurale africaine, la terre, le bétail, les bijoux ou la maison constituent les sûretés habituelles. Les personnes déplacées ont souvent perdu ces actifs, et les droits fonciers qu'elles obtiennent dans les zones d'accueil sont fréquemment précaires, coutumiers ou temporaires. Les camps et les sites de regroupement, de Kakuma au Kenya aux établissements de l'Ouganda, en passant par les zones d'accueil du Burkina Faso, du Niger ou du Tchad, offrent des conditions de vie très variables, mais rarement un statut juridique propice à l'endettement. Le troisième obstacle est la perception du risque par les prêteurs. Les institutions de microfinance redoutent la mobilité de leur clientèle : un emprunteur qui repart vers son pays d'origine après un accord de paix, ou qui se déplace vers une autre région à la faveur d'une nouvelle crise, devient difficile à suivre et à recouvrer. Cette crainte, souvent exagérée par manque de données, conduit à un rationnement systématique du crédit.
À ces freins s'ajoutent des barrières plus subtiles. Les barrières linguistiques et culturelles, d'abord, car les produits et les contrats sont rarement conçus dans les langues parlées par les nouveaux arrivants. Les barrières de confiance, ensuite : après avoir subi la violence et la spoliation, nombre de personnes déplacées se méfient des institutions formelles. Les contraintes réglementaires, enfin, puisque dans certains pays, le droit de travailler, d'ouvrir un compte ou de créer une entreprise est restreint pour les réfugiés. À cet égard, les politiques d'ouverture, telles que celles qui ont longtemps caractérisé l'Ouganda en matière de liberté de mouvement et d'accès à l'emploi, montrent que le cadre juridique conditionne largement la réussite économique. Il faut également souligner la situation particulière des femmes, majoritaires parmi les personnes déplacées et souvent cheffes de ménage. Leur vulnérabilité est double, car elles cumulent les difficultés liées au déplacement et celles qui découlent des inégalités d'accès aux ressources. Pourtant, l'expérience mondiale de la microfinance prouve que les femmes sont d'excellentes remboursantes et que le financement de leurs activités profite directement à la nutrition, à la santé et à la scolarisation des enfants.
Un dernier verrou, moins visible mais déterminant, concerne les capacités des institutions elles-mêmes. Servir des populations déplacées suppose de comprendre leurs flux de revenus, d'adapter les échéances, de former les agents de crédit, de suivre des portefeuilles dispersés et de gérer les risques de manière dynamique. Beaucoup d'institutions de petite taille, en particulier dans les zones fragiles, travaillent encore avec des registres papier ou des tableurs rudimentaires, ce qui rend toute innovation difficile. Ce constat ouvre la voie aux solutions, car la plupart de ces obstacles, loin d'être insurmontables, appellent des réponses ingénieuses, déjà expérimentées en divers points du continent.
Des solutions africaines et innovantes : repenser le crédit à l'aune de la mobilité forcée
La première piste consiste à substituer à la garantie matérielle des mécanismes de confiance collective. La caution solidaire, pierre angulaire de la microfinance depuis ses origines, retrouve ici toute sa pertinence. En constituant des groupes de cinq à dix personnes qui se portent mutuellement garantes, y compris des groupes mixtes associant déplacés et membres de la communauté d'accueil, les institutions transforment le capital social en sûreté. Cette approche présente un double avantage : elle réduit le risque de défaut et favorise la cohésion sociale, car elle oblige chacun à compter sur l'autre. Les tontines et les associations d'épargne et de crédit villageoises, très présentes dans l'Afrique de l'Ouest et du Centre, offrent un terreau culturel déjà familier, sur lequel il est possible de greffer des services formels.
La deuxième piste concerne l'évaluation du risque. Faute d'historique bancaire, il devient nécessaire d'inventer un scoring alternatif fondé sur d'autres données : régularité des transactions de mobile money, ancienneté de l'activité, participation à un groupe d'épargne, recommandation d'un leader communautaire, ou encore historique de remboursement de micro prêts humanitaires. Le développement fulgurant de la finance numérique sur le continent, de M-Pesa en Afrique de l'Est aux solutions d'Orange Money, de Wave ou de MTN en Afrique de l'Ouest et du Centre, a créé un gisement de données comportementales exploitable avec le consentement des clients. Les portefeuilles électroniques présentent un autre atout majeur : ils sont portables. Un réfugié qui regagne son pays d'origine ou se réinstalle ailleurs conserve son compte et son identité financière, ce qui atténue la crainte de la mobilité chez les prêteurs.
La troisième piste est celle de la combinaison des produits. Le crédit seul ne suffit pas pour des populations exposées à des chocs répétés. L'épargne de précaution, même modeste, constitue un coussin contre l'imprévu. La microassurance, couvrant la maladie, la perte de récolte ou le décès, protège à la fois l'emprunteur et le prêteur. Les programmes dits de graduation, qui associent transfert d'actifs, formation, accompagnement et accès progressif au crédit, ont montré dans plusieurs pays africains leur efficacité pour sortir les ménages les plus pauvres de la précarité. Dans cette logique, le microcrédit devient l'étape d'un parcours d'autonomisation, et non un simple prêt isolé.
La quatrième piste repose sur la mobilisation de mécanismes de partage du risque. Les bailleurs de fonds, les agences des Nations Unies, les banques de développement et les fondations peuvent apporter des fonds de garantie, des lignes de refinancement à taux préférentiels et des subventions d'assistance technique qui permettent aux institutions de servir une clientèle déplacée sans mettre en péril leur équilibre financier. Ces partenariats entre acteurs humanitaires et acteurs du développement répondent à l'approche dite du lien entre urgence et développement, désormais prônée par le Pacte mondial sur les réfugiés. Enfin, la dimension réglementaire ne doit pas être négligée : les banques centrales et les autorités de supervision peuvent, par des circulaires claires, reconnaître les documents délivrés aux personnes déplacées comme valables pour l'ouverture de comptes simplifiés, instaurant ainsi un cadre de conformité réglementaire compatible avec l'inclusion.
SmartMifin et WEBGRAM : la technologie africaine au service de l'inclusion financière des déplacés
Toutes ces solutions reposent sur un socle commun : une institution capable de gérer avec rigueur, transparence et agilité ses clients, ses crédits et ses risques. C'est précisément là qu'intervient SmartMifin, le logiciel de gestion de la microfinance conçu par WEBGRAM, entreprise basée à Dakar, au Sénégal, et reconnue comme le numéro 1 en Afrique dans le développement d'applications web, mobiles et de gestion. Pensé par des ingénieurs africains pour répondre aux réalités du continent, SmartMifin accompagne les institutions de microfinance, les coopératives d'épargne et de crédit, les mutuelles et les projets de finance inclusive dans l'ensemble de leurs opérations : ouverture et suivi des comptes, instruction et décaissement des prêts, suivi des remboursements, gestion de l'épargne, comptabilité, reporting et tableaux de bord décisionnels.
Pour l'accès au crédit des réfugiés et des déplacés internes, la pertinence de cet outil est remarquable. Il permet d'enregistrer des clients dotés de pièces d'identité variées, d'associer des attestations, des photographies et des données biométriques, et de gérer efficacement les groupes solidaires. Il offre un suivi fin du portefeuille de crédit, avec des alertes précoces sur les retards, ce qui aide les agents de terrain à anticiper les difficultés dans des zones mouvantes. Grâce à sa dimension mobile et à sa compatibilité avec le mobile money, il facilite les décaissements et les remboursements à distance, y compris dans des localités éloignées des agences. Ses fonctions d'analyse nourrissent un scoring alternatif fondé sur l'historique des transactions, tandis que ses modules de gestion des risques et de conformité réglementaire rassurent les superviseurs et les partenaires financiers. Cette transformation digitale donne aux institutions les moyens de servir des clientèles jugées difficiles sans sacrifier la qualité de leur portefeuille.
Fort d'une expérience de terrain, SmartMifin accompagne des structures dans de nombreux pays africains : Sénégal, Côte d'Ivoire, Bénin, Gabon, Burkina Faso, Mali, Guinée, Cap Vert, Cameroun, Madagascar, Centrafrique, Gambie, Mauritanie, Niger, Rwanda, Congo Brazzaville, République démocratique du Congo et Togo. Plusieurs de ces pays accueillent ou connaissent d'importants mouvements de population, ce qui confère à la solution une connaissance concrète des enjeux de la finance en contexte fragile. Sa souplesse permet de paramétrer des produits propres aux populations déplacées : prêts de relance à échéances adaptées, crédits de groupe, produits d'épargne de précaution et microassurance. Elle garantit en outre la traçabilité et la transparence, qualités indispensables pour rassurer les bailleurs de fonds qui financent des programmes d'inclusion.
Vous dirigez une institution de microfinance, un projet de finance inclusive ou un programme d'appui aux populations déplacées ? Faites de la technologie votre meilleure alliée. WEBGRAM met son savoir faire, son expertise reconnue et son équipe d'experts à votre service pour déployer SmartMifin et transformer vos ambitions en résultats mesurables. Contactez dès aujourd'hui nos conseillers par e-mail à contact@agencewebgram.com, consultez notre site www.agencewebgram.com ou appelez le (+221) 33 858 13 44. Ensemble, bâtissons une Afrique où chaque entrepreneur, quel que soit son parcours, peut accéder au financement qu'il mérite.
Vers une inclusion financière durable : synthèse, recommandations et perspectives pour l'Afrique
Au terme de cette analyse, plusieurs enseignements s'imposent. Les réfugiés et les déplacés internes ne sont pas un fardeau économique mais un potentiel inexploité, que l'exclusion financière condamne à la dépendance. Les obstacles à l'accès au crédit sont réels : absence de documents, manque de garanties, mobilité, barrières culturelles, cadres réglementaires restrictifs et faiblesse des capacités institutionnelles. Mais ils ne sont pas insurmontables. La caution solidaire, le scoring alternatif, la finance numérique, l'épargne, la microassurance, les mécanismes de partage du risque et les parcours de graduation constituent un arsenal cohérent, déjà éprouvé en divers points du continent. À condition d'être soutenues par des outils de gestion robustes comme SmartMifin, ces approches peuvent changer d'échelle et toucher des centaines de milliers de ménages.
Plusieurs recommandations concrètes se dégagent. Aux pouvoirs publics, il revient d'adapter les cadres réglementaires en reconnaissant les documents délivrés aux personnes déplacées, en autorisant les comptes simplifiés et en garantissant le droit de travailler et d'entreprendre. Aux institutions de microfinance, il appartient de concevoir des produits spécifiques, de former leurs agents à la réalité des déplacements, de recruter des personnels issus des communautés concernées et d'investir dans la transformation digitale de leurs opérations. Aux bailleurs de fonds et aux partenaires humanitaires, il convient de multiplier les fonds de garantie, les subventions d'assistance technique et les financements pluriannuels, afin de dépasser la logique de l'urgence. Aux communautés d'accueil, enfin, il faut associer pleinement les populations locales aux programmes, pour que l'inclusion des déplacés profite à tous et renforce la cohésion sociale plutôt que d'y semer la rivalité.
Les perspectives sont encourageantes. L'essor de l'identité numérique, l'interopérabilité croissante des services de monnaie mobile, les progrès de l'intelligence artificielle appliquée à l'analyse du risque et l'intérêt grandissant des investisseurs à impact dessinent un horizon favorable. La Zone de libre échange continentale africaine, en facilitant la circulation des biens et des personnes, pourrait à terme offrir des débouchés élargis aux microentrepreneurs déplacés. Les changements climatiques, qui multiplieront les déplacements dans les prochaines décennies, rendent d'autant plus urgente la construction de systèmes financiers résilients, capables d'absorber les chocs et d'accompagner les populations en mouvement. Investir dans l'inclusion financière des déplacés n'est donc pas un geste de charité, c'est un choix stratégique de développement durable, de stabilité et de prospérité partagée.
Comme le rappelle un proverbe africain largement répandu, c'est en marchant ensemble que l'on va le plus loin. Offrir un crédit adapté à une mère déplacée qui relance son étal, à un jeune réfugié qui monte son atelier de réparation ou à un éleveur contraint à l'exode qui reconstitue son troupeau, c'est reconnaître que la dignité passe par le travail et que la solidarité financière est l'une des plus belles formes de l'hospitalité africaine. Il appartient désormais aux États, aux institutions, aux innovateurs et aux partenaires de transformer cette conviction en actions durables. L'Afrique possède les talents, les outils et la sagesse nécessaires. Il lui reste à les mettre en mouvement, au service de ceux que la vie a déracinés mais que l'espoir n'a jamais quittés.
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